25 septembre 2009
Petit résumé
... de la rencontre avec Minh Tran Huy à la librairie !
Ce fut une soirée bien plaisante, et tout ceux qui ont pu se joindre à nous étaient ravis à l'unanimité !
Rien ne nous fait plus plaisir, nous libraires, lorsque nos efforts sont récompensés de la sorte, car inviter un auteur ou un illustrateur est un gros et long travail !
Voici donc une petite interview de Minh, qui a si gentiment accepté de répondre à quelques-unes de nos trop nombreuses questions !
* Nous lui avons demandé comment elle envisageait son écriture.
Elle nous a expliqué que pour son 1er roman, La princesse et le pécheur, elle a commencé à l'écrire à l'âge de 20 ans. De nombreuses années après, elle a décidé un beau jour de le peaufiner pour qu'il devienne quelque chose de précis, comme si elle avait conscience qu'il fallait qu'elle termine cet écrit pour le faire aboutir. C'est comme ça qu'elle s'est remise à écrire (car elle écrit depuis l'âge de 12 ans !) et qu'elle a pu publier son 1er roman. Pour La double vie d'Anna Song, elle s'est mise à l'écriture en 2007, et elle a travaillé sur ce texte jusqu'en 2008, où elle l'a remis à son éditeur. Tout s'est fait dans la foulée, sans discontinuité.
* Nous lui avons ensuite demandé comment elle s organisait pour écrire ?
Pour La double vie d'Anna Song, elle est partie d'un fait réel car elle souhaitait travailler sur le concept d'imposture. Elle a lu beaucoup d'articles de presse, et un jour son mari lui a mis sous les yeux le "cas" de Joyce Hatto et le scandale que cela a engendré dans le monde musical. Ce fut le départ de quelque chose. Elle a ensuite écrit au fil de l'eau, sans structure précise, ce qui n'allait pas très vite. Elle écrit sur son lit, le soir, après sa journée de travail à la rédaction. A partir du moment où elle a eu l'idée de la fin du roman et puisque elle savait où elle allait, tout s'est enchaîné très vite.
Ses romans ont tous un pied dans la culture vietnamienne. Nous l'avons interrogée pour savoir si elle se sentait un écrivain à double patrimoine, à la fois français et vietnamien.
Elle nous a répondu qu'elle pensait qu'on écrit pour combler des silences. Ses parents sont vietnamiens, ont vécu dans ce pays avant d'arriver en France. Sur leur passé, ils ne parlent pas. Elle a peut-être eu besoin (elle ne le sait pas trop elle-même, au fond) de combler ces silences et de trouver elle-même des réponses.
Il y avait aussi une question qui nous brûlait les lèvres : quel est son rapport à la musique, ayant fait un livre dont c'est quasiment le personnage principal !
Elle nous a avoué qu'elle jouait de la musique depuis qu'elle était petite. Elle a d'abord fait plusieurs années de violon, et, en voyant sa sœur faire du piano, elle s'est prise de passion aussi pour cet instrument. Elle a besoin que la musique soit très présente dans sa vie. Elle ne pourrait pas vivre sans. Avant d'écrire la moindre ligne, elle sélectionne des morceaux de musique qu'elle écoute en boucle pour lui donner une sorte d'impulsion. Puis, lorsqu'elle sature de les entendre, elle en choisit d'autres, et ainsi de suite. Elle n'écrit donc qu'en écoutant de la musique.
La dualité est au cœur de ce roman, jusque dans son titre. Au fond, on se demande si Anna et Paul ne sont pas le visage d'une seule et même personne !
Selon elle, Paul est le miroir de l'écrivain. Quelque part, Anna et Paul lui ressemblent. C'est comme s'ils étaient 2 morceaux d'elle-même.
Le journalisme est très important dans ce roman, et c'est bien normal car c'est avant-tout le métier principal de Minh !
Le métier de rédacteur d'une revue littéraire est un métier qui, bien qu'étant du journalisme, il n'y a pas vraiment de règle. Si elle a naturellement inséré des coupures de presse dans La double vie d'Anna Song, c'est tout simplement parce qu'elle a pris connaissance du fait réel dont elle s'est inspiré... en lisant un article !
* * *
Minh, merci encore pour cette belle soirée ! Et qui sait, à bientôt aux Mots Vagabonds...
Comme d'habitude, plein de photos dans l'album à droite !
06 juillet 2009
La voilà !
La voici, l'interview de Gilles Bachelet !
* Avez-vous rencontré des difficultés pour réaliser l'album : "il n'y a pas d'autruches dans les contes de fées"
Non, je n'ai rencontré aucune difficulté particulière. Lorsque l'on fait un album, on a toujours les mêmes contraintes : le délai de livraison du texte et de l'image pour pouvoir publier le livre à la date fixée par l'éditeur. Il y a aussi le nombre de pages, qui est imposé puisque tout est lié aux machines de l'imprimeur, mais à part ça, non, je n'ai pour ainsi dire pas eu de soucis à réaliser cet album.
* Il y a très souvent des champignons dans vos albums : pourquoi ?
J'aime beaucoup les champignons : la cueillette, aller les débusquer dans les bois, les cuisiner et les manger. Donc, naturellement, j'aime les dessiner. Il y a des illustrateurs qui dessinent systématiquement un chien, un chat, un petit animal dans le bas de leur page. J'ai commencé à faire un premier croquis pour les autruches en y mettant des petits champignons, et du coup, je me suis lancé le défi d'en mettre sur chaque page. Et en effet, si vous regardez attentivement l'album, vous verrez des champignons sur chacune des ---pages de l'album ! Mais j'aime aussi beaucoup les carottes !
* Dans la première mouture de la couverture de l'album : "il n'y a pas d'autruches dans les contes de fées" il n'y a justement AUCUN champignons !
Oui, c'est vrai ! D'ailleurs il y a une bonne raison à ça : pour présenter l'album aux libraires et aux journalistes, bien avant que le livre soit publié et ne soit même fini, il a fallu que dessine une couverture provisoire. Sur cette couverture, que certains sites de vente en ligne ont gardé, il n'y a pas de champignons et j'ai ensuite changé tout un tas de petits détails. A vous de les retrouver !

[ 1ère couverture -provisoire- de l'album ]
* * *

[ Couverture réelle de l'album de Gille Bachelet ]
* Etes-vous en train de travaillé sur un autre album en ce moment ?
Je suis en train de travailler sur 2 albums en ce moment. L'un, que j'ai momentanément mis de côté pour l'instant et qui devait paraitre aux éditions Panama, mettait en scène la maternité des objets. Il est question de la maman-objet et de ses bébés objets. Le second album, qui paraitra (et ça, c'est sûr et certain !) aux éditions du Seuil jeunesse en octobre, sera le 3ème volet des aventures de mon chat ! Après Mon chat le plus bête du monde (2004), Quand mon chat était petit (2005) va sortir : Des nouvelles de mon chat. C'est l'histoire de mon chat, qui est tombé amoureux...
* Vous mettez toujours en scène des animaux et très peu d'êtres humains : pourquoi ?
Tout simplement parce que je trouvais plus facile, à l'époque où j'ai débuté ma carrière (dans les années 70) de dessiner des animaux plutôt que des personnes. Et ça m'est resté. En plus, je trouve drôlement plus rigolo de rendre des animaux expressifs. En plus de 30 ans, j'ai dessiné plein de singes, d'éléphants, des souris, des chiens, des autruches, des canards, des grenouilles...
*Avez-vous prévu de réaliser une suite à l'album "il n'y a pas d'autruches dans les contes de fées" ?
Non, je n'ai pas prévu de faire une suite à cet album. D'ailleurs, je n'avais pas non plus prévu à la base, de faire une suite à l'album : "Mon chat le plus bête du monde" . Et finalement, j'ai réussi à en faire deux !
25 juin 2009
Formidable !
Ah oui alors, ce fut une formidable journée passée en compagnie de Gilles Bachelet !
Pour vous mettre en bouche avant l'interview exclusive qui ne saurait tarder, voici déjà quelques photos !
( d'autres photos sont visibles dans l'album photo colonne de droite...)
23 mai 2009
Comme d'habitude
Comme à chaque fois que nous invitons des auteurs chez nous, nous publions ici une interview exclusive.
Jean Mattern nous a fait l'honneur de venir nous rencontrer, voici quelques réponse à quelques-unes de nos questions !
Dans quelles circonstances avez-vous écrit ce roman ?
Une soixantaine de pages ont été écrites pendant un week-end, presque sans m’arrêter, puis après une pause de deux ans environ, j’ai repris l’ensemble, et avancé à un rythme assez régulier.
Y'a-t-il encore des choses qui dorment dans un tiroir en attendant d'être reprises et peut-être publiés ?
Non, mais il y a un deuxième roman qui est déjà assez avancé. (Je l’avais commencé avant même la publication des Bains de Kiraly).
Comment avez-vous ressenti ce besoin instinctif de noircir des pages ce jour-là ? Etait-ce une envie qui était depuis longtemps en gestation dans votre tête ?
Je crois que ces choses là nous échappent : il s’agissait certainement d’un désir très puissant mais non-formulé. Donc, sans doute en gestation depuis longtemps.
Gabriel est traducteur : pour vous, il fallait que le Livre soit présent dans votre roman ?
C’était naturel, il me semble. Même s’il s’agit d’un roman, d’une fiction donc, on retrouve forcément mes obsessions, mes interrogations ou tout simplement « mon univers » dans le roman. Et mon univers naturel, c’est le Livre.
Gabriel est un usurpateur : il prend les mots des autres et se les approprient, il va même jusqu'à envoyer des lettres d'amour à sa future femme à partir des de lettres que lui envoie son meilleure amie. Gabriel est un écorché, il vit dans le manque : sa sœur décédée, sa vraie langue maternelle qui ne lui ait pas transmise... C'est le manque qui le pousse à commettre cette fuite en avant et tout plaquer. Au fond, qu'essaie de nous dire Gabriel ?
Gabriel essaie de trouver les mots pour exister, pour se mettre en lien avec les autres, sa femme, son meilleur ami, ses parents, mais il est encore prisonnier de ce manque… Gabriel ne pourra sans doute jamais combler ce manque, mais sa quête lui permettra peut-être de vivre mieux avec. L’important est donc dans le mouvement, dans sa décision de rompre ce cercle vicieux dans lequel tous ces manques conjugués l’ont enfermé.
On peut voir dans ce personnage central, des éléments autobiographiques ?
Il y a des éléments autobiographiques, bien sûr, mais autant dans Léo que dans Gabriel (voire dans d’autres personnages), et ces éléments ne sont que des points de départ, rien de plus.
Le livre est sorti en pleine rentrée littéraire, au milieu de 700 autres. Quel est votre point de vue d'auteur ?
J’ai eu beaucoup de chance. Le livre a été remarqué, porté par une éditrice extraordinaire, soutenu par beaucoup de libraires, considéré par la presse. C’était un moment difficile mais très émouvant pour moi.
Vous êtes polyglotte et maîtrisez 6 langues différentes. C'est uniquement à but professionnel ? C'est une manière d'aborder la vie ?
Pour moi, il est naturel de chercher l’aventure dans d’autres langues. Une nouvelle langue étrangère, cela vous ouvre un espace de liberté très important, mais aussi une nouvelle manière d’aborder le réel.
Actuellement, quelles sont vos responsabilités chez Gallimard ?
Je suis responsable des acquisitions dans le domaine de la littérature étrangère, et dans une équipe composée de plusieurs éditeurs et conseillers (dont notamment Christine Jordis et Gustavo Guerrero), je m’occupe aussi plus particulièrement de certains domaines linguistiques comme l’allemand, le néerlandais ou l’hébreu.
Vous êtes à la fois éditeur et édité : cette double casquette met-elle la pression quant à la qualité du texte ?
J’espère que mon exigence par rapport à mon propre texte serait aussi grande même si je n’étais pas éditeur.
Votre livre est déjà traduit en plusieurs langues : lesquelles ?
Le livre est déjà sorti en Roumanie, avec beaucoup de succès d’ailleurs, et les traductions sont en cours ou achevées dans quatre autre langues (allemand, néerlandais, grec, croate).
Auriez-vous pu imaginer traduire votre roman ? Pourquoi ?
J’ai trop de respect pour les traducteurs littéraires pour imaginer m’aventurer sur ce terrain.
Merci beaucoup à vous, Jean Mattern, de vous être si gentiment prêté au jeu !
18 décembre 2008
Et voilà !
Cette journée avec Sandrine Kao fut magnifique !
A tel point quelle est restée clouée sur sa chaise tout l'après-midi, assaillie de demandes de dédicaces !
Ce n'est qu'à 15 minutes de partir pour la gare qu'elle a réussit à s'extirper et se lever !
Sandrine, une fois encore : mille merci pour cette fabuleuse rencontre...
Pour toutes celles et ceux (et on les sait nombreux) qui auraient aimé être avec nous ce jour-là, et pour tout ceux qui attendent comme à chaque fois ZE interview, et bien la voici, la voilà !!!
* Quel est votre parcours personnel par rapport au dessin ?
Contrairement à l'écriture, le dessin est venu assez tardivement. L'écriture m'a fait m'orienter vers des études littéraires et vers les métiers du livre.
Et puis, au cours de ces formations, je me suis intéressée plus particulièrement à l'aspect formel du livre, à la mise en page, la couverture, à tout ce qui rendait le contenu d'un livre plus beau. L'illustration en faisait également partie; elle est naturellement venue compléter les textes que j'écrivais, non sans un dur apprentissage en Ecole d'Art !
* Quelles sont les techniques que vous utilisez ?
Je mêle plusieurs techniques : j'utilise d'abord le collage pour donner de la texture à mes dessins, pour incruster des motifs, pour cerner les contours de mes personnages ou des éléments du dessin. Ensuite, je peins à l'acrylique pour mettre en place le fond et donner la première couche de couleur, puis, j'adoucis ces couleurs avec du pastel. Je retouche si besoin mes dessins sur Photoshop.
* Racontez-nous l'histoire de l'album Ecume : comment est-il né ?
Ecume était en fait mon projet de diplôme à l'Ecole d'Art d'Épinal. J'avais choisi de raconter l'histoire d'émigrants parce que ce sujet m'était proche : ma famille est dispersée aux quatre coins du monde et j'avais envie à travers cet album de m'interroger sur ce qui pousse les gens à partir de chez eux pour aller dans des pays où la langue n'est même pas la même, où tout est inconnu. J'ai donc raconté ce voyage en m'attardant sur ce que ces gens pouvaient imaginer et espérer tout au long du trajet.
J'ai passé mon diplôme en octobre 2007 et je suis allée au salon de Montreuil un mois et demi plus tard avec mon livre sous le bras : j'ai rencontré Serge Carpentier sur le stand Gecko, je lui ai montré mon album. J'ai retravaillé quelques planches, fignolé quelques détails, et Écume sortait en mars 2008.
C'était inespéré ! Moi qui hésitais à aller à Montreuil cette fois-là...
* Avez-vous d'autres projets concrets pour 2009 ?
Je n'ai pas de publication prévue pour 2009 mais je travaille sur deux projets d'albums qui j'espère verront le jour ! Comme ces projets sont en cours, je n'ai pas démarché d'éditeurs : je préfère montrer des projets lorsqu'ils sont achevés. C'est à double tranchant : on risque de passer beaucoup de temps sur un projet qui peut-être ne verra jamais le jour, mais si on envoie un projet qui n'est pas achevé et qui est refusé, on risque de se décourager et ne jamais finir ce projet.
L'année 2009 s'annonce pauvre en publication mais restera tout de même riche en productions...
05 décembre 2008
Chose promise...
... chose due !
Comme promis ici, voici une interview exclusive d'Anne Delaflotte-Mehdevi que nous avons reçu le vendredi 21 novembre.
* Quel a été déclencheur de l'écriture ? Pour quelles raisons vous êtes-vous mise à écrire ?
J'écris depuis 10 ans. C'est mon troisième roman écrit, mais le premier qui est publié. Pour ce roman, je me suis lancée un défi : comment décrire la technique de la reliure sans donner l'impression de rédiger un manuel. Je voulais décrire les gestes techniques comme un peintre s'assoit pour peindre une pomme.
Je voulais qu'il y ait un gué. C'est un personnage à part entière dans le roman. C'est un lieu de passage, un joli compromis entre l'eau et la terre.
Dès le début d'ailleurs, il faisait partie de mon titre. Titre qui a changé par la suite et qui est devenu celui que vous connaissez.
* Pour quelles raisons (si vous les connaissez) écrivez-vous ?
J'ai le désir d'être maître du temps. Or, lorsque j'écris une histoire qui débute et se termine, j'ai la sensation d'avoir maîtrisé une certaine forme de temporalité. Dans mon écriture, il y a quelques thèmes redondants car ils sont importants à mes yeux : la solitude, l'empathie, parler aux morts. Souvent mes textes en sont imprégnés car ces thématiques font partie de mon histoire personnelle.
* Combien de temps vous a-t-il fallu pour écrire La relieuse du gué ?
J'ai mis six mois pour construire la trame narrative et un an et demi pour écrire à proprement parlé l'histoire telle qu'elle est. J'aime modifier mon texte. A l'heure actuelle, j'aurais encore quelques modifications à faire, et cela sans mégalomanie ! Je ne suis pas de ces auteurs qui n'arrivent pas à ce détacher de leurs textes et qui ont une relation quasiment fusionnelle avec leurs écrits. C'est juste que je voulais modifier deux ou trois petites choses, mais je n'ai pas pu le faire avant le 2ème tirage du livre. Tant pis !
* Quel est votre rapport à Cyrano de Bergerac, car votre héroïne apprécie beaucoup ce personnage, et le roman est truffé de citations de cette pièce de théâtre ?
Cyrano, c'est comme un 'gri-gri' ! Sans être superstitieuse, j'avais envie de me cacher derrière cet homme si imposant dans la littérature française, et je me disais qu'avoir Cyrano à mes côtés me protègerait de bien des choses ! Cela correspond aussi à un vécu personnel au moment même où je commençais la rédaction du roman. C'est en même temps une sorte de clin d'œil à ma famille...
Le grand-père de Mathilde, au fond, c'est un peu Cyrano. Dans sa vie à elle aussi Cyrano est très présent. Mais attention : Mathilde n'est pas mon alter-ego, même si nous partageons bien des points communs.
* Le grand-père de Mathilde a dit : un bon relieur, c'est quelqu'un qui ne lit pas ». Que pensez-vous de ça vous qui avez été libraire ?
C'est un dicton tchèque, qui rime dans la langue. Un relieur, c'est avant-tout un passeur de temps. C'est celui qui fait durer un livre entre 100 et 150 ans de plus. Il a toujours à l'esprit que quelqu'un dans 150 ans prendra sa suite et réparera le livre. Son travail s'élabore donc dans la transmission, pour que d'une part la durée de vie du livre augmente et d'autre part que le prochain relieur qui s'occupera de ce livre puisse le réparer sans problème.
* Etre publiée aux éditions Gaïa, c'est un choix délibéré par rapport à la qualité de leurs livres, ou est-ce un hasard ?
Ce qui n'est pas un hasard, c'est ma volonté de leur envoyé mon manuscrit. Ensuite, c'est eux qui ont pris la décision de m'éditer, alors que d'autres ont refusé. Mais je suis ravie de figurer à leur catalogue, car c'est une maison qui en effet réalise de beaux livres au niveau formel. J'avais décidé de leur envoyé mon manuscrit tout en me disant que leur catalogue ne se composait pour ainsi dire que d'auteurs étrangers. J'étais donc presque persuadée que cela ne fonctionnerait pas. Et pourtant ! J'ai reçu un mail puis une réponse manuscrite au bout de quelques semaines, et ce fut une grande surprise.
* Avez-vous d'autres projets en tête ?
Je suis en train d'écrire un livre sur la musique. Parce que la musique fait partie intégrante de ma vie.
Et j'en ai un autre en tête : deux femmes liées par le destin qui vont souffrir mais qui ne réussiront pas à éteindre leur haine...
Anne, encore mille fois merci pour cette si belle rencontre et cette journée passée en votre compagnie...
d'autres photos dans l'album de la colonne de droite !
28 mai 2008
la voilà !
Nous vous aviez parlé d'une interview de l'illustratrice Selma mandine venue il y a quelques jours chez nous.
Voici donc le contenu de nos échanges :
Quel est votre parcours personnel ? (formation, diplômes...)
Je suis autodidacte pour l'illustration. Comme beaucoup d'autres illustrateurs, je dessine depuis que je suis petite, c'est ma passion ; tout a commencé par des dessins que je faisais en cadeaux pour mes maîtresses et camarades d'écoles.
Je n'ai pas fait d'école des beaux-arts mais j'ai une formation dans la photographie. J'aurais aimé aller dans une école en France pour avoir un contact avec des gens de ce milieu, mais cela se fera peut-être, qui sait ?!
J'ai commencé à travailler pour des éditions jeunesses et des magazines en parallèle à mes études à Hong-Kong. Après mes études, j'ai travaillé quelques années pour des musées en tant que designer et graphiste, ainsi que pour une maison d'édition jeunesse.
En 2003, je me suis installée en France et j'ai décidé d'être illustratrice jeunesse à plein temps.
Quelles sont vos techniques de travail ?
Cela varie, parfois j'utilise mes doigts avec du pastel, d'autres fois mon stylet avec ma tablette graphique, mes pinceaux ou bien encore de la pâte à modeler... Cela dépend du résultat que je souhaite obtenir, chaque technique a ses spécificités, ce qui rend chacune d'elle intéressante à explorer.
Les albums La Clé des Songes, Le Roi qui désirait le Temps et Bisous Bisous, ont été faits à partir d'une palette numérique. A l'aide d'une tablette et d'un stylet, je dessine tout comme sur un papier avec un crayon, du croquis au rendu final. Parfois j'aime aussi prendre mon crayon pour faire mes croquis sur papier, tout dépend de mon humeur.
Pour Raphie Rasibus, une histoire de taille !, j'ai utilisé du pastel à l'huile, j'aime vraiment beaucoup peindre avec mes doigts. Cet album écrit par Sandrine Lévy fût réalisé pour un concours d'album jeunesse avant d'être édité chez Gecko éditions. Nous avons refondu pas mal de choses sur la version actuelle : Sandrine a enrichi son texte, et moi de mon côté j'ai refait toutes les illustrations, le temps passé depuis la première version nous avait fait évolués.
Pour ce qui est de la conception de l'album, dès la première lecture j'ai déjà quelques vagues images qui me viennent en tête. A la deuxième lecture, j'essaie de ressentir l'histoire. Lors des lectures suivantes, de plus en plus d'images se composent dans ma tête. La Clé des Songes, qui est une histoire un peu délicate, ne fût pas facile à comprendre pour moi à l'époque à cause de mon manque de pratique du français. L'histoire enfin comprise, j'ai pu apprécier la délicatesse de ce texte touchant.
Ensuite, je recherche à créer les personnages puis je fais les croquis. Vient alors l'étape du chemin de fer pour donner une idée de l'enchainement des illustrations et de la mise en page. Je le propose alors avec une charte de couleur à l'éditeur et l'auteur afin d'avoir leur avis. Le chemin de fer sera ensuite modifié autant de fois que nécessaire avant la réalisation des illustrations.
Quand c'est possible, j'aime participer à la conception graphique. J'aime parfois faire la calligraphie afin d'intégrer le mieux possible les titres, sous-titres ou les lettrines aux illustrations.
Comment travaillez-vous avec l'auteur des textes ?
En général, des auteurs m'envoient des textes que je lis et je partage alors mon avis avec eux avec franchise. Quand un texte m'inspire, j'essaie de donner vie à l'histoire. Parfois ce sont des éditeurs qui me proposent des textes qu'ils pensent convenir à mon style.
Jusqu'à aujourd'hui je n'ai pas eu de contrainte pour la création des illustrations. Mais il arrive parfois que l'auteur a des désirs, j'essaie alors de les satisfaire. Régine Joséphine (avec qui j'ai fait deux albums jusqu'à aujourd'hui, ne souhaitait pas que les visages soient ronds dans l'histoire du Roi ; bien que j'aime beaucoup les rondeurs, je me suis adaptée, et les personnages se sont allongés !
Pour les princesses dans La Clé des Songes, c'est moi qui me suis donnée une contrainte: j'ai essayé d'éviter une représentation trop « chichi » qui ne correspond pas à ma personnalité.
Pour votre dernier album paru il y a quelques semaines : Bisous Bisous, vous avez fait pour la première fois à la fois le texte et les illustrations. Ce fut un défi ? Comment cela s'est passé ?
Pour Bisous Bisous, je n'ai pas non plus eu de soucis avec l'auteur...
Ce projet a démarré en 2006, lorsque j'ai débuté l'illustration jeunesse en France. J'avais remarqué que la France est un pays où l'on se fait beaucoup de bisous ! Ce qui était totalement nouveau et chaleureux pour moi. Voilà comment est née l'idée de l'album.
J'avais une idée très précise en tête et des différents bisous à mettre en scène. J'avais également une image de mes personnages ainsi que de la palette de couleur à utiliser. La couverture a été la toute première illustration que j'ai faite, ensuite les autres sont venues naturellement, l'une derrière l'autre.
Je m'investis toujours beaucoup dans ce travail, c'est un plaisir et à chaque album je cherche toujours à explorer des choses et me perfectionner.
Ce que j'aime lors de la réalisation d'un album, c'est que chaque fois il y a de nouveaux défis à relever. Souvent le temps nécessaire à la création ne se voit pas, avant l'écriture du texte et la réalisation des illustrations, il y a beaucoup de temps passé sur la conception, c'est elle qui donne l'âme à l'album.
Les échanges avec les auteurs, les éditeurs et les lecteurs sont vraiment très instructifs et j'ai eu beaucoup de chance de rencontrer des personnes qui me font confiance tel que Serge, Régine Joséphine, Sandrine Lévy... Merci à tous.
11 mai 2008
Révélations
Loïc Duret, qui est venu dans notre librairie samedi pour dédicacer son roman : Coup de chaud en Poitou, s'est laissé prendre au jeu d'une petite interview.
Pour vous, en exclusivité, quelques révélations sur sa manière de travailler :
* Quel a été le déclencheur de l'écriture, comment vous êtes-vous mis à écrire ?
C'est assez ancien. Tout jeune, j'aimais beaucoup lire, écrire des rédactions. J'ai toujours aimé ça. Et puis ensuite, plus grand, j'ai commencé à écrire des nouvelles. C'est comme ça que tout a vraiment commencé. En écrivant des textes courts, j'ai acquis de la méthode. J'ai fait (et je fais encore, d'ailleurs) beaucoup de concours littéraires. J'ai eu des prix, car en général, je suis classé au pire 5ème !
De fil en aiguille, je me suis mis à écrire des textes plus longs.
* Pourquoi écrire du polar ou en tous cas, des textes à suspens ?
J'aime partir d'une situation simple, assez banale, et insérer un élément qui va tout faire basculer : intrigue et personnages.
Pour vous donner un exemple, j'adorais quand j'étais gamin la 4ème dimension. Mes toutes premières nouvelles en sont très largement inspirées. J'aime la science fiction, le fantastique, car il y a un côté loufoque qui me plaît. J'ai toujours écrit des textes liés à tout cela. J'ai fait des nouvelles fantastiques pour des concours, dont l'une a été publiée notamment dans une revue belge sur le thème du vampirisme.
* Et pourquoi placer votre intrigue en Poitou ?
Je ne suis pas originaire de cette région mais j'y vis. J'ai placé des lieux de l'action à Montmorillon, car c'est la cité du livre et de l'écrit, et comme l'un de mes personnages dans le roman est dans ce domaine, ça s'est imposé tout seul.
Il y a aussi des actions qui se passent à Parthenay. C'est une vile où j'ai vécu, j'y ai donc tout un tas de souvenirs. Ca a donc une résonance particulière pour moi. Et puis c'est la ville du numérique, du monde virtuel. Complètement à l'antipode de Montmorillon ! Ce côté-là me plaisait : faire coïncider deux villes qui n'ont à priori rien à voir et qui se rejoindrait grâce à les personnages.
* Avez-vous des projets d'écriture ?
Je continue de faire des concours de nouvelles. Il faut savoir que l'écriture d'une nouvelle de trois à quatre pages c'est quatre mois de travail, à peu près ! Le plus long, ce sont les finitions : retravailler son texte, corriger les erreurs de cohérence, les fautes de frappe et d'orthographe, vérifier la construction logique, etc, etc... Donc tout ça me prend le plus clair de mon temps libre, car écrire n'est pas mon métier principal, je fais ça pour mon loisir. Je n'écris donc que le soir, ce qui me détend beaucoup.
28 avril 2008
Une rencontre...
Très agréable et très sympathique !
Djilali Bencheikh a tellement captivé l'assistance, que lorsqu'il a fallu clore la rencontre, une vague de protestations ponctuée de 'déjà ??!!' a parcouru la salle...
Tout au long de cette soirée, Djilali nous a emmené avec lui en Algérie, dans son douar natal.
Plutôt qu'une interminable entrevue entre les libraires et lui, nous avions souhaités quelque chose de moins rigide. Aussi nous avions préparé de petits papiers pliés, sur lesquels étaient inscrits des thèmes, des notions ou des mots évoqués dans ses 3 livres, et que nous voulions qu'il développe.
Mais comme Djilali est quelque peu loquace (pour ne pas dire franchement bavard), il n'a tiré au sort que 4 petits papiers...
Ainsi, à la question : 'Salim : un alter ego ?' il nous a expliqué comment Salim, ce personnage récurrent qui s'inscrit dans chacun de ses écrits, a mûri dans sa tête d'écrivain, comment il lui a transposé ses propres souvenirs d'enfance avec des épisodes de fiction.
Le papier plié contenant le concept de colonisation a permis de faire la lumière sur cette époque difficile de conflits entre la France et l'Algérie. Il a évoqué ce que lui, petit garçon dans les années 50 et 60, avait perçu de tout cela, sans aucun parti pris. Il n'a jamais eu cette volonté de faire du militantisme pour l'une ou l'autre cause. Il ne se prétend pas historien, n'a jamais voulu se montrer exhaustif par rapport à ces évènements, et ne cherche pas à l'être. Il n'écrit qu'un ressenti.
Il a également tiré au sort un papier sur lequel il était inscrit : 'les 3 romans : une oeuvre en 3 volumes ? ou bien des chroniques indépendantes ? ' Par rapport à cela, il ne préfère pas que l'on appelle 'roman' le texte Voyage au bord de l'enfance, qui est en fait des textes juxtaposés écrits antérieurement au premier roman, mais dont le recueil fut publié après. Par contre, il revendique le fait que 'Mon frère ennemi' soit le premier opus d'une série ( de 3 ?) de livres où les souvenirs de son enfance en sont le noyau dur. Ainsi, 'Tes yeux bleus occupent mon esprit' en est la suite logique.
Il nous a laissé entendre qu'il travaillait sur un texte actuellement, qui ne sera pas la suite des deux autres, mais qui viendra en intermède au troisième volet des chroniques de vie de Salim.
08 mars 2008
La rencontre avec Antoine Emaz
S'est très bien déroulée !
Il a lu quelques poèmes, qu'il avait classé en compositions, telles que : 'la nature', 'le rapport au monde'.
Puis, un débat avec le public s'est naturellement enclenché.
Il nous a expliqué la manière dont il écrivait : toujours dans le même lieu, parce qu'il a réellement besoin d'être dans un univers qui lui est propre. Il lui est tout à fait impossible de composer des poèmes dans le train, par exemple, ou dans la maison de quelqu'un d'autre. Il n'est pas un écrivain-nomade, en ce sens. Il n'a pas besoin de s'approprier ce qui l'entoure pour composer, et en même temps, et là est tout le paradoxe, il ne peut créer ou être en processus de création que si le lieu où il est devient comme une seconde peau.
Il nous a également expliqué son rapport au Poème : le poème doit toujours être la conséquence d'une émotion. S'il n'y a pas d'émotion préalable, il n'y pas poème selon lui. Le poème, au sens universel du terme, doit être selon lui, brutal, violent, comme une gifle que l'on prend à la lecture. Il faut en quelque sorte combattre avec le poème pour en retirer la portée intrinsèque.
Il est revenu sur la filiation de P. Reverdy qu'il revendique pleinement. Sur le fait qu'il utilise lui aussi la notion de 'blanc' dans ses poèmes pour rendre ses mots plus lourds, plus sonores aussi. Mais cette utilisation n'est pas purement esthétique, au contraire de P. Reverdy qui utilisait une forme de typographie qui permettait au poème d'évoluer de façon indépendante sur la page.
Ceci n'est qu'un bref résumé de cette rencontre , qui fut riche en découvertes, qui nous a fait découvrir un poète contemporain qui s'inscrit dans le même monde que le nôtre, sans se démarquer, pour justement se placer au coeur de notre société. En cela, ses poèmes nous touchent, ils sont le reflet de nos vies, et résonnent en chacun de nous tout en nous laissant le champ d'infinies interprétations.
C'est cela aussi, la magie de la poésie !!
Une petite bibliographie :
* K-O - éditions Inventaire/ inventions : 5€00
* Boue - éditions Deyrolle : 15€00
* Peu importe - éditions Le Noroy : 13€95
* André du Bouchet ' debout sur le vent' - éditions Jean-Michel Place : 11€00
* De l'air - éditions Le dé bleu : 13€50
* Caisse claire - éditions Points poésie : 7€50
* Obstinément peindre - éditions Le temps qu'il fait : 22€00 (il en a fait la préface )









